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À Bollène, posséder ses outils devient presque ringard : désormais, on partage les machines
VU SUR LES RéSEAUX

À Bollène, posséder ses outils devient presque ringard : désormais, on partage les machines

Découpe laser, impression 3D, presses, résine… Derrière l’idée d’un atelier créatif partagé se cache une petite révolution sociale. Pendant longtemps, savoir fabriquer supposait d’avoir un garage, des outils et souvent quelqu’un pour vous apprendre. Aujourd’hui, les machines deviennent collectives. Et ce changement raconte beaucoup de notre rapport à la propriété, au savoir-faire et aux autres.

Il y a quelques décennies, l’atelier avait une adresse assez prévisible : le garage, la cave, la remise ou le cabanon. On y accumulait des tournevis, des morceaux de bois, des pots mystérieux et des outils achetés parfois pour servir trois fois dans une vie.

À Bollène, l’idée d’un atelier créatif proposant découpe laser, impression 3D, presses à chaud ou autres équipements raconte autre chose. On ne vient plus forcément avec ses outils. On vient parce que les outils sont là.

Et derrière cette différence apparemment banale se cache une transformation assez profonde : nous commençons peut-être à préférer l’accès à la possession.

La perceuse qui dort 364 jours par an

Notre société a passé des décennies à nous convaincre qu’être autonome signifiait posséder.

Une maison sérieuse avait sa tondeuse. Un bricoleur avait son établi. Une famille avait sa boîte à outils. Acheter l’objet donnait presque autant de satisfaction que l’utiliser.

Mais beaucoup de ces objets passent l’essentiel de leur existence dans un placard.

Les machines plus modernes accentuent encore l’absurdité. Une imprimante 3D ou une découpe laser peuvent ouvrir des possibilités fascinantes, mais tout le monde n’a ni l’espace, ni le budget, ni l’envie d’installer chez soi un mini-atelier industriel.

Le lieu partagé propose alors un compromis assez élégant : ne plus posséder la machine, mais conserver la possibilité de faire.

Ce modèle dépasse largement les loisirs créatifs. Nous louons déjà des voitures pour quelques heures, travaillons dans des espaces partagés, empruntons parfois des outils et payons des abonnements pour accéder à des choses que nous aurions autrefois achetées.

La propriété reste importante. Mais elle n’est plus automatiquement synonyme de liberté.

La vraie machine, c’est peut-être le voisin

Il y a toutefois quelque chose qu’une imprimante 3D achetée sur Internet ne fournit pas : quelqu’un à côté de vous.

Un atelier collectif remet en circulation une ressource devenue étonnamment rare : le savoir pratique des autres.

Celui qui sait régler une machine peut montrer à celui qui débute. Celle qui maîtrise une technique peut éviter aux autres trois heures d’erreurs. Un adolescent peut expliquer un logiciel à quelqu’un qui possède trente ans d’expérience manuelle. Le rapport traditionnel entre celui qui sait et celui qui apprend devient moins vertical.

C’est peut-être là que ces lieux sont les plus intéressants sociologiquement.

Ils ne mutualisent pas seulement des machines. Ils mutualisent des compétences.

Et dans une époque où chacun peut regarder cent tutoriels seul devant son téléphone, retrouver quelqu’un qui vous dit simplement « attends, je te montre » devient presque une innovation sociale.

Le garage change de forme

Il serait tentant de présenter ces ateliers comme une invention entièrement nouvelle. Ce serait oublier que les générations précédentes pratiquaient déjà énormément le partage informel.

On empruntait une bétonnière au voisin. On demandait à l’oncle qui savait souder. Quelqu’un connaissait quelqu’un qui avait la bonne machine.

La différence est que ce réseau autrefois familial ou voisin devient aujourd’hui organisé.

L’association, le fablab ou l’atelier partagé institutionnalise en quelque sorte l’ancien « passe à la maison, j’ai ce qu’il faut ».

C’est à la fois moderne et très ancien.

Une petite question de classe sociale aussi

Il faut enfin regarder ce que ces lieux peuvent changer dans l’accès à la fabrication.

Posséder un atelier suppose de l’argent et surtout de l’espace. Tout le monde n’a pas un garage de trente mètres carrés dans lequel laisser une machine inutilisée pendant six mois.

Partager les équipements peut donc permettre à quelqu’un vivant dans un appartement d’accéder à des possibilités autrefois réservées à ceux qui possédaient suffisamment de mètres carrés, de matériel et de connaissances autour d’eux.

C’est là que le phénomène devient intéressant pour une ville comme Bollène.

On parle beaucoup du numérique comme d’un monde qui nous enfermerait derrière des écrans. Mais voici justement des machines numériques qui peuvent produire l’effet inverse : nous obliger à ressortir de chez nous pour fabriquer quelque chose avec d’autres.

Finalement, le progrès le plus surprenant de l’impression 3D ne sera peut-être pas l’objet imprimé.

Ce sera peut-être d’avoir réussi à remettre plusieurs personnes autour de la même table.

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